Lutter contre les espèces exotiques envahissantes
ne se fait pas sans difficulté.
Lors du 13ème Forum des gestionnaires, scientifiques et
acteurs de terrain ont présenté leur programme
d’action contre les espèces exotiques
envahissantes. Mais limiter, voire éradiquer ces invasions
n’est pas simple et des difficultés dans la mise
en place de stratégies d’action apparaissent comme
autant d’obstacles à une lutte rapide et efficace.
Au fil des siècles, l’homme a introduit de
nouvelles espèces tant appréciées de
nos jours. Et pourtant, ces étrangères ne sont
pas si sympathiques pour beaucoup de scientifiques et de gestionnaires.
Les invasions biologiques sont de plus en plus perçues comme
une menace pour la biodiversité et la mobilisation
s’accentue. Mais pourquoi, est-il si difficile de mettre en
place une gestion ?
Une politique, une stratégie et des moyens
insuffisants
Selon l’UICN*, 57% des oiseaux et 36% des amphibiens sont
menacés par des espèces envahissantes en France
outre-mer. Cet état des lieux alarmant est le
résultat du manque d’outils de coordination,
d’instruments inadaptés et de
l’accessibilité difficile aux données
scientifiques et techniques. Face à ce constat,
l’UICN a mis en place un réseau afin de valoriser
les connaissances, orienter les politiques et renforcer les
financements publics. Le continent européen n’est
pas mieux loti. Alors que l’introduction de
l’écureuil gris a provoqué des
dégâts considérables au Royaume-Uni et
pour des raisons d’ordre politique et financier, il
n’a pas fait l’objet de contrôle en
Italie d’où son extension est plus que probable,
le Conseil de l’Europe est enfin intervenu fin 2005 par une
recommandation sur son contrôle. Les administrations
balbutient encore, souvent par manque d’information et
d’expérience.
Lutter où, quand et comment?
Elaborer une stratégie d’action
efficace oblige à se poser les bonnes questions. Dans
l’Ile de La Réunion, la menace est grande. 105
plantes sont invasives et 45 le sont hautement. Sur ce territoire de
250 000 ha, il a fallu définir les espèces
ciblées, les zones de lutte prioritaires, les techniques
appropriées, le calendrier et les moyens
nécessaires à mettre en œuvre. La lutte
contre l’ambroisie, un problème de
santé publique dans la région
Rhône-Alpes a nécessité de tester
plusieurs méthodes toutes trop coûteuses en temps
et en personnel et peu efficaces. Une solution a
été trouvée, le pâturage. A
chaque fois, un long chemin à parcourir pour trouver les
bonnes réponses.
Le public, un acteur à part entière
Nous sommes souvent sans le savoir, les vecteurs d’une
invasion. En Aquitaine, il est apparu que des confusions
étaient possibles entre la grenouille taureau,
espèce invasive et d’autres batraciens. Informer
et sensibiliser le public sont alors une priorité dans tous
les programmes. Mais l’espèce est parfois si
sympathique. Les tortues de Floride et le Tamia de Sibérie
interdits dorénavant à la vente,
relâchés dans la nature et les parcs, fascinent
toujours le public. Celui-ci va jusqu’à se
l’approprier rendant complexe la mise en place
d’une stratégie de lutte. L’ibis
sacré en est un bon exemple.
Les invasions renvoient à
l’écologie au sens large
Plus on se manifeste tard, plus il est difficile
d’intervenir. Et même dangereux ! Parce
qu’on en vient à ignorer
l’état et la dynamique du système
écologique où
l’étrangère se développe.
Aborder les problèmes d’espèces
envahissantes et d’invasions biologiques, c’est
pénétrer au cœur de questions plus
générales de dynamique des systèmes
écologiques. Dans une nature qui évolue, on ne
peut pas avoir une approche centrée sur
l’espèce.
* Union mondiale pour la
nature
Rédaction : Hélène PETIT